Protéger de quoi?

Je pense que ça se comprend à travers la plupart de mes articles : je porte une grande attention au langage. Je pense qu'il reflète énormément l'inconscient collectif. Mais pas seulement. Il le forge aussi. Le langage est caractéristique d'une culture car il est influencé par celle-ci, il influence également les individus la composant.

Je remarque notamment que notre langue est très sexiste. « Le masculin l'emporte » après tout. Et puis, le courage c'est réservé aux hommes puisque c'est « avoir des couilles ».

C'est autre chose qui semble bien moins agressif envers les femmes qui m'a inspiré cet article. Il s'agit des « protections hygiéniques ». Une protection sert normalement à protéger d'un danger. Quel danger ? Apparemment pas les risques sanitaires liés aux produits chimiques que la plupart contiennent.

Au premier abord, le sang des règles ne me semble pas dangereux. Oui, ça peut tâcher les vêtements. Mais la nourriture aussi. Et les serviettes de table ne s'appellent pas des protections.

Alors quoi ? Un risque psychologique ? Quand j'observe et écoute des amies, ou quand je me souviens de mes propres appréhensions, adolescente, je pense qu'on s'approche de la réponse. La honte semble un sentiment quasi unanime. Pourtant, j'en reviens à la nourriture, c'est rare de ressentir cette honte à cause d'une tâche de chocolat. De la gêne peut-être. Mais pas de la honte.

Alors où est la différence ?

La différence, c'est que dans la société, les règles sont taboues. C'est « sale ». Comme à peu près tout ce qui touche de près où de loin le sexe féminin (sauf le sexe masculin qui est miraculeusement épargné). C'est tellement sale qu'on nous vend des produits exprès pour le nettoyer.

Donc on nous protège de la honte qu'on ne ressentirait pas si on ne nous disait pas que c'est sale (entre autres en voulant cacher les règles à tout prix via ces « protections »). On tourne en rond ! Ces dispositifs sont très utiles pour ne pas tâcher nos vêtements. Mais elles entretiennent cette honte. La protection n'est pas tellement efficace si elle amplifie le danger, non ?

A moins que ce ne soient pas nous qu'elles sont censées protégées, mais les hommes qui pour certains sont très prompts à jouer les vierges effarouchées et les dégoûtés dès qu'ils entendent le mot « règles ». On imagine que les pauvres risqueraient la syncope si ils voyaient le sang !