Peut-on être trop idéaliste?

Pour moi, en tant qu'incorrigible idéaliste, la réponse est non, sans aucun doute.

Oui, je suis une rêveuse. Totalement. Et j'en suis fière. J'aime ça. Rêve a toujours été l'un de mes mots préférés, d'aussi loin que je m'en souvienne. C'est formidable de rêver! On ne prend pas assez le temps d'admirer à que point c'est magique et incroyable, tellement cette faculté de l'être humain nous paraît naturelle. Et pourtant je trouve ça absolument magnifique!

Donc oui je suis une rêveuse. Je le revendique. Mais je revendique aussi le fait que je ne suis pas que ça. Rêver n'empêche pas d'avoir le sens des réalités. Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles. Comme une girafe! Quelle posture magnifique.

Parce qu'on entend souvent dire que telle ou telle personne est trop rêveuse, qu'elle devrait redescendre sur Terre. Mais pour y faire quoi? Pour y agir. C'est ça qui compte, non? Agir pour créer sa vie en suivant qui l'on est, ce que l'on veut pour soi et pour le monde, ses valeurs.

Et c'est là toute la force du rêve: ce que l'on veut pour soi et pour le monde. Quand on se met en marche pour aller quelque part, c'est mieux de connaître ce quelque part il me semble. Quand on agit pour créer sa vie, il me semble aussi que c'est mieux de connaître son rêve.

Je pense qu'on est tous d'accord que c'est bien de suivre ses rêves, et que tout le monde en a. Donc tout le monde est rêveur. Certains peut-être un peu plus que d'autres. Mais la question c'était: peut-on être trop idéaliste? Tout est dans le trop.

Etant donné qu'on a tous des rêves, la question est de savoir si se complaire à idéaliser le monde est néfaste. Et néfste pour qui? Certainement pas pour les autres. Donc pour soi? Forcément, quand on idéalise, on prend le risque d'être déçu. C'est sans doute ce qui amène les gens à penser que les idéalistes sont en quelque sorte des inadaptés qui ne pourront pas être heureux ou mener à bien leurs projets car ils ont des espèces de lunettes-filtres qui déforment la réalité. Or avoir un rêve qui diffère de la réalité ne veut pas forcément dire ne pas être conscient de celle-ci.

La bonne nouvelle, c'est qu'il y a un antidote à la déception: la conscience. Je le disais plus tôt, être idéaliste n'empêche pas d'avoir les pieds sur Terre.

CÊtre conscient que l'on est idéaliste permet de garder cette faculté de voir le monde de façon parfaite, tout en sacha,t qu'il ne l'est pas.

Et là se trouve pour moi le moteur (puissant!) des idéalistes. Car ce décalage leur permettra d'agir pour se rapprocher de leur vision idéale.

Ne dit-on pas que lorsqu'on vise la Lune on atteint au moins les étoiles? Alors ça vaut sans doute le coup de viser la Lune, non. Dans ce cas, on est jamais trop idéaliste.

Et puis, qui sait si on ne l'atteindra pas cette Lune? Un monde idéal, ça n'existe pas, ça ne pourra jamais exister, nous dit-on. Sans doute. Des histoires d'équilibre entre le bien et le mal... Il est impossible que tous les humains vivent en paix.

Pourquoi?

Réexaminons la définition du mot "impossible". Ca correspond à une probabilité égale à 0. Alors oui, la probabilité que tous les humains vivent en paix est infinitésimale. Alors on considère que c'est 0. Mais non. J'ai beau être consciente de l'infinie petitesse de cette probabilité, je n'oublie pas qu'elle existe.

Et la preuve, c'est la fiction. Car l'Homme a peut-être d'immenses capacités de rêve et d'imagination, mais je reste persuadée qu'il se base sur son coeur, ses émotions, son ressenti, son vécu pour crer tout cela.

Donc si l'Homme crée, même en rêve, un monde idéal, c'est qu'il a en lui les ressources nécessaires pour cela. Et si il les a, il peut les utiliser dans le monde réel. CQFD.

Donc la prochaine fois que quelqu'un vous dira:

"On ne vit pas dans le monde des Bisounours!"

Vous n'aurez qu'à répondre:

"Non, mais on vit dans un monde qui a inventé les Bisounours. Il ne nous reste plus qu'à appliquer la théorie!"